Pourquoi les galgos ?

Les Galgos sont les premières victimes de ce rapport déshumanisé que les espagnols du Sud ont avec leur chien.

 

En effet, d’après l’aveu même des Andalous, la chasse au lièvre sans fusil, interdite en France depuis le XIXe siècle, est le deuxième sport préféré au Sud de la Navarre, après le football.

Cette chasse se singularise par les modalités de sa pratique : dans les larges plaines caillouteuses de la moitié sud du pays, au cœur des communautés autonomes de Madrid, de Castille-La Manche ou d'Andalousie, la chasse au lièvre prend la forme d'une course entre chiens, lâchés dès qu'une proie apparaît à l'horizon. Ces chiens sont dressés pour rattraper le lièvre à la course, le tuer et le rapporter.

On estime à 190 000 le nombre de chasseurs qui pratiquent cette chasse toujours très ancrée dans les zones rurales, où la tradition perdure de père en fils.

 

Ce type de chasse se pratique avec les Galgos. Leurs propriétaires sont appelés les galgueros.

Il est difficile de connaître le nombre exact de "galgueros" en Espagne : la plupart ne sont pas fédérés. Si tous ne maltraitent pas leurs chiens, les associations locales estiment que chaque année, 50 000 à 70 000 Galgos sont mis à mort ou abandonnés par leurs propriétaires. C’est un chiffre difficile à vérifier tant l’omerta est forte sur le sujet. (Les bénévoles arrivent à en sauver 2000 par an, toutes associations confondues).

 

Les associations de galgueros, très bien organisées, et beaucoup plus riches que les militants de la cause animale, arrivent à empêcher toute communication fiable et vérifiable sur le sujet.  Les lobbies des galgueros sont d’ailleurs suffisamment puissants pour obtenir du législateur que le Galgo soit considéré par la Loi comme un animal de ferme, et non pas comme un animal de compagnie, ce qui les dédouane de toutes démarches judiciaires pour mauvais traitements.

 

Que les Galgos soient victimes de négligence parce qu’ils ne sont « que » des chiens de chasse, là encore, rien de bien surprenant dans l’univers de la chasse, à travers toute l’Europe. Mais pourquoi les Galgos sont-ils victimes de sévices et tortures hors norme ?

Là encore, ces malheureux anges (d’où le nom de notre association) paient le prix de la tradition. Il nous semble important de rappeler, à ce niveau de notre exposé, que le Galgo est un chien doux, soumis, calme, très proche de l’homme et jamais agressif. Mais pour le savoir, il faut encore prendre le temps de s’intéresser à eux. Or, il ne viendrait pas à l’idée d’un galguero de simplement caresser ses chiens.

 

Revenons à leur mode de fonctionnement.

 

Le galguero ne chasse pas pour ramener du gibier à la maison le soir. Non, le galguero chasse pour gagner ! (Il y a même des paris d’argent sur ces « chasses/courses »)

 

Leurs chiens doivent gagner et doivent gagner « à la loyale ».

Lorsqu'un gibier est repéré, les animaux sont lâchés et une course-poursuite s'ensuit. Tout est extrêmement codifié : le chien doit rattraper sa proie en courant en ligne droite, sans faire faire de feinte, sans prendre de raccourci, sans faire de virage, sans ruser, ce qui est le gage que l'animal a été bien dressé par son propriétaire.

S’il perd, il couvre de honte son propriétaire qui doit laver son honneur en se débarrassant du chien.

S’il gagne, il ne doit pas avoir triché. Sinon, il est disqualifié et là encore, la honte rejaillit sur son propriétaire qui doit laver son déshonneur en « punissant son chien pour un tel affront ».

 

Moralité, avec de telles règles, voilà ce qui se passe :

 

En tout premier lieu, dans tous les villages des régions de Castille-la-Manche, Castille-et-Leon ou d'Andalousie, des "corrals" de lévriers à ciel ouvert fleurissent : huit mois sur douze, hors saison de chasse, ils y sont parqués, inactifs et nourris au pain sec. La constitution d'une meute de chiens soudée et performante, travaillant en équipe, fait partie intégrante de l'intérêt que les galgueros trouvent à cette activité. Ils font donc de la reproduction de masse, pour ne sélectionner que les meilleurs, les autres étant éliminés au fur et à mesure du dressage, y compris les plus jeunes chiots s’ils ne sont pas prometteurs. Ils considèrent ces massacres comme un efficace processus de sélection.

 

1/ les chiens pas assez rapides, ou sans flair, sans instinct, mauvais chasseurs, sont rapidement éliminés.

2/ Les chiens qui se blessent sont également éliminés.

3/ les chiens les plus rapides font la fierté et la réputation de leur propriétaire, et par les paris, rapportent de l’argent

4/ Même le chien le plus rapide finit par vieillir et être moins performant, ce que son galguero va lui faire payer un jour (même les meilleurs déclinent vers 3 ou 4 ans).

5/ Avec le temps, et l’expérience, le chien a tendance, naturellement, à chercher des chemins plus courts, des astuces qu’il pense bienvenues, mais qu’il va payer, là encore, de sa vie.

 

Jusque-là, à la lecture de ce texte, vous êtes choqués, mais vous n’êtes pas encore atterrés… En effet, tuer un animal parce qu’il n’est pas rentable, c’est affreux, mais nous savons bien qu’en France aussi, beaucoup de chiens de chasse qui se révèlent mauvais chasseurs, finissent par prendre un coup de chevrotine derrière la nuque. Donc, ces pratiques vous choquent, mais ne vous étonnent pas.

 

Mais là où cela devient absolument intolérable et au-delà de l’imaginable, c’est que ces pauvres Galgos qui ont « humilié », « déshonoré » leur propriétaire, en étant peu performants, ou en se blessant, ou en « trichant » doivent, par tradition, payer pour cette humiliation avant de rendre leur dernier souffle.

Un coup de fusil serait beaucoup trop simple.

Non, ils doivent souffrir, et le degré de souffrance est proportionnel à l’humiliation ressentie par le propriétaire.

L’imagination des galgueros pour sadiser les chiens qui doivent être « punis » n’a pas de limite.

C’est à ce niveau que nous nous refusons à publier des photos de scènes macabres prouvant la cruauté absolue de ces gens-là.

 Nous nous refusons même à décrire leurs pratiques honteuses, la littérature sur le sujet est abondante sur internet pour qui voudrait en savoir plus. Nous nous contenterons de préciser que plus le galguero se sent humilié, plus l’agonie du chien doit être lente et douloureuse.

 

(Pour ceux qui le souhaitent, nous vous conseillons le documentaire d'Irene Blanquez, FEBRERO, el miedo de los galgos, tourné en 2014, et très explicite sur le sujet. En 2018, les choses n’ont pas évolué malgré le travail remarquable des associations.

Nota : Le documentaire s’appelle « FEBRERO », parce que le mois de février est le mois de la fin de la chasse et tous les refuges redoutent l’arrivée fatidique de cette date où les bêtes mutilées, abandonnées et torturées vont affluer.

 

Il est à noter que dans le sud de l’Espagne, les refuges qui hébergent des Galgos ou des Podencos sont potentiellement en danger parce que dans les campagnes, les galgueros et les gitans considèrent qu’ils ont droit de vie ou de mort sur ces chiens, même ceux sous la protection d’un refuge et n’hésitent pas à profaner ces lieux soit pour voler ces chiens, qu’ils considèrent à eux, soit tout simplement pour les massacrer sur place, pour les punir d’avoir trouvé une issue de secours. Les opérations punitives contre les refuges ne sont, hélas, pas rares.

 

Les associations remarquent, depuis 2014, avec la médiatisation de leurs odieuses pratiques, que les habitudes des galgueros évoluent, mais pas forcément dans le bon sens.

 

Tout d’abord, ils ont de moins en moins recours à la pendaison qui est très spectaculaire et donne lieu à des photos qui marquent l’opinion publique. Ils préfèrent désormais des modes d’élimination plus discrets, moins voyants mais tout aussi radicaux et cruels.

 

Ils sont désormais également de plus en plus nombreux à préférer abandonner leurs chiens en pleine nature, souvent en leur brisant les membres pour qu’ils ne puissent pas revenir par eux-mêmes. Ils n’oublient pas, néanmoins, d’arracher au couteau, à travers la peau du cou, leur puce électronique, pour ne pas être contactés si par hasard, le chien s’en sortait et qu’il était retrouvé.

 

Enfin, ils sont également plus nombreux à contacter les associations de sauvetage de lévriers. C’est finalement pour eux le meilleur moyen de se débarrasser de leurs chiens en évitant d'éventuels ennuis avec les autorités locales. Devant la surpopulation des refuges qui aimeraient ne pas entrer dans leur jeu, ils ont recours au chantage et les bénévoles entendent régulièrement : « Vous avez jusqu’à ce soir pour venir les chercher, sinon, demain, je les tue ».

 

Voilà, en quelques lignes, résumées toutes les raisons pour lesquelles notre association existe, voilà les raisons pour lesquelles les Galgos sont les premiers chiens martyrs d’Espagne et la race que l’on trouve le plus fréquemment dans les refuges.

 

Quand on aura ajouté à cela qu’il est quasi impossible pour les associations espagnoles de faire adopter un Galgo par des particuliers sur leur territoire, on aura fait le tour du problème.

En effet, en Espagne, les Galgos ne sont pas considérés comme des chiens de compagnie, et beaucoup d'Espagnols trouveraient aussi bizarre l'idée d'avoir l'un de ces chiens coureurs dormant sur le canapé de leur salon, qu’un iguane ou un bouc.

 

Leur seule porte de sortie restent les associations européennes qui les proposent à l’adoption dans des pays qui n’ont pas d’a priori contre la race.

 

Une séance d'entrainement : les galgos sont tirés derrière un quad à des vitesses pouvant atteindre 60 km/h. Si l'un d'entre eux tombe, tant pis, le quad ne s'arrêtera pas...